Dans la deuxième section de Recherche de la base et
du sommet, René Char réunit toute une série de
textes qui évoquent les peintres qu’il admire et avec
lesquels il a travaillé.
A titre d’exemple : Braque, Victor Brauner, Alberto
Giacometti, Jean Hugo, Wifredo Lam, Nicolas de Staël,
Vieira da Silva, Jean Villeri, Max Ernst, Picasso, Miro
etc.
Aphorisme
Le mot grec
aphorizein met en jeu à la fois la notion dedéfinition et de limite. L’aphorisme présente de
ce fait un double aspect : il recherche son
efficacité « didactique » dans la brièveté d’où une
« densité » qui confine à l’énigmatique. René Char
emprunte cette « forme » aux philosophes
présocratiques – au premier rang desquels Héraclite
d’Ephèse. Dans l’œuvre de Char, l’aphorisme, qu’il
maniera de façon permanente, s’il prend parfois des
allures de sentence ou de maxime à portée « morale »
est avant tout un « condensé » verbal qui invite le
lecteur, à travers un énoncé souvent énigmatique, à
une maïeutique qui est « l’objet » même de la
poésie.
Céreste
Petit village de Haute-Provence, non
loin de L’Isle-sur-Sorgue. En 1936, Char, gravement
malade y passera sa convalescence et y nouera de
solides amitiés. Bien plus tard, le village
deviendra le centre opérationnel de la résistance
dans les Basses – Alpes dirigé par le poète, alias
le capitaine Alexandre.
(Voir le témoignage de Georges-Louis Roux dans
Œuvres complètes, La Pléïade, Gallimard, 1983
p.1115).
« O campanile de Céreste ! Campanile, bulbe non
amplifiable, soufflet de fer aux joues du vent
d’équarisseur. »
(La flûte et le billot, in Les chants de la
Balandrane,
Pléïade, Gallimard, 1983 p.562)
Engagement
René Char n’est resté indifférent
devant aucun des grands événements de son époque :
ainsi, il réagira à la relative indifférence de
l’Europe et de la France devant la guerre civile
espagnole. Après la défaite de 1940, il entrera très
tôt en résistance et jouera un rôle majeur dans
l’organisation du combat dans les Basses-Alpes.
Néanmoins, après la guerre, il se refusera à être du
côté des donneurs de leçons et des raseurs de
femmes. Réaction, également, sur un tout autre plan
à la conquête spatiale, qu’il condamne ; et encore,
opposition farouche, mais vaine, à l’installation de
missiles nucléaires sur le plateau d’Albion, en
Haute-Provence.
Fureur et mystère
titre du recueil le plus célèbre de
René Char publié en 1948 aux éditions Gallimard. Il
est composé de Seuls demeurent (1945),
Feuillets d’Hypnos (1946), Les loyaux
adversaires, Le poème pulvérisé et La
fontaine narrative. A propos du titre,
abondamment commenté par de nombreux critiques, on
dira simplement ici qu’il met en évidence une
polarité double dans la poésie de René Char :
la fureur , (si proche de « feu ») est la
fureur « poétique » mais aussi la révolte, la
rébellion, l’insurrection – le contraire de « la
poésie courtisane » ; le mystère ,
c’est l’énigme de la vie, que seule la poésie à le
pouvoir d’exprimer jusque dans « l’exaltante
alliance des contraires » que le poète salue
chez Héraclite d’Ephèse.
Grands astreignants
Dans la deuxième section de
Recherche de la base et du sommet, René Char
rend hommage à toute une série d’écrivains, par
exemple : Héraclite d’Ephèse, Sade, Hugo, Rimbaud,
Saint-John Perse, Paul Eluard, Maurice Blanchard,
René Crevel, Antonin Artaud etc.
Héraclite d’Ephèse
Héraclite dit aussi
Héraclite l'Obscur est un philosophe grec
« présocratique » du VI° siècle avant J.-C., né à
Ephèse, vers 540, en Ionie, colonie grecque d'Asie
Mineure. Ce
philosophe, dont on ne possède que des fragments
sous forme d’aphorismes et que René Char découvre
avec son ami Yves Battistini est l’une des
références majeures du poète, un des « Grands
Astreignants »*
« Héraclite d’Ephèse met l’accent
sur l’exaltante alliance des contraires. »
(« Partage Formel, XVII » in « Seuls demeurent » -
repris dans « Fureur et mystère » Pl. 159, Gal. 1983)